Date de Tokyo : 25 Mai 2017 (21:28)
Japan Addiction Music

Review de Wagakki Band – VOCALO Zanmai

Charlie Nguyen Van Phuc 29 juin 2014 , Commentaires fermés sur Review de Wagakki Band – VOCALO Zanmai
Review de Wagakki Band – VOCALO Zanmai
Note générale
4.5

Production

Qualité des musiciens

Originalité

Arrangements

Intérêt

Wagakki Band est un groupe de Folk Rock japonais qui mélange habilement instruments traditionnels (Koto, Shamisen, Shakuhachi, Wadaïko) et instruments modernes, avec des arrangements rock saupoudrés d’une bonne dose de mélodies japonaises. En plus de tout ça, la particularité du groupe est de reprendre des morceaux Vocaloïd, issus de Nico Nico Douga. Le groupe s’est rapidement fait connaître au Japon et à l’international grâce à toutes ces particularités.

Pour information, « Wagakki » veut dire « Instruments traditionnels » en japonais. Oui, ça ne semble pas très recherché comme nom de groupe, mais ça a le mérite d’être clair.

Le groupe se produisant cette année à Japan Expo, je pense qu’il s’agit d’une bonne occasion pour passer en revue leur album VOCALO Zanmai sorti le 23 avril 2014.

À titre personnel, c’est le genre de groupe que j’attends depuis longtemps : je me suis toujours demandé pourquoi aucun groupe japonais n’avait pensé à utiliser des instruments traditionnels dans un contexte plus moderne. Il y a bien sûr d’autres groupes qui s’inspirent du folklore japonais (Onmyouza pour ne pas les citer), mais jamais au point de baser une majeure partie de l’arrangement sur des instruments traditionnels.

Le groupe est donc composé de 8 musiciens, ce qui est assez énorme et inhabituel pour un groupe de Rock :

  • Suzuhana Yuuko (Chant)
  • Ibukuro Kiyoshi (Koto)
  • Kaminaga Daisuke (Shakuhachi)
  • Ninagawa Beni (Shamisen)
  • Kurona (Wadaïko)
  • Machiya (Guitare)
  • Asa (Basse)
  • Wasabi (Batterie)

Passons donc l’album en revue

(N.B : Je parlerai des morceaux et du groupe sans les comparer qualitativement avec les morceaux originaux, sachant que ce n’est pas ici le sujet de cette review, il me sera cependant impératif de les évoquer pour parler des compositions et des arrangements)

Review

Wagakki Band a, en général, sélectionné des morceaux Vocaloïd qui sonnent à la base assez japonais ou orientaux, ce qui se comprend vu le contexte, mais le groupe arrive également à donner une sonorité japonaise à des morceaux qui n’en avaient pas à la base, ce qui est également remarquable. Ce qui frappe à l’écoute, c’est tout d’abord l’importance des instruments traditionnels, qui ne sont pas relégués à de la décoration ou a de l’accompagnement : leur place est prépondérante dans l’instrumentation, reléguant la guitare, qui est d’ordinaire l’instrument maître en rock, au simple rang «  d’instrument comme les autres ».

Ensuite, la technique des différents musiciens est réellement impressionnante, en particulier celle de la chanteuse Suzuhana Yuuko, qui elle aussi fait dans le traditionnel : elle utilise les vibratos et modulations de notes caractéristiques de la musique japonaise traditionnelle et de l’enka. Le guitariste, qui officie en tant que second chanteur, fait également un travail remarquable : bien que le son de sa voix ne soit pas extraordinaire, sa technique est tout aussi impressionnante que celle de Yuuko. Tous les deux atteignent un degré de maîtrise tel qu’ils sont capables de chanter des lignes très rapides qu’un humain ordinaire ne peut reproduire sans un travail assidu (un des points sur lesquels les Vocaloïd ont un avantage naturel). On sent également la maîtrise de tous les autres musiciens, qu’ils soient instrumentistes traditionnels ou modernes. Cette technique se reflète aussi dans l’énergie et la dynamique des morceaux, qui sont en général assez rapides. Le groupe brille toutefois de manière égale lors des morceaux plus lents : si vous fermez les yeux, vous verrez sûrement le mont Fuji se dresser devant vous (et je ne rigole pas).

Enfin, on peut souligner le travail extraordinaire sur les arrangements : il est en général difficile de mêler autant d’instruments sans créer de la redondance, d’autant plus que chacun joue des mélodies différentes et pas à l’unisson. Le travers, c’est que du coup, à moins d’avoir une oreille avertie, il vous faudra sûrement écouter les morceaux plusieurs fois avant de comprendre leur profondeur : si vous ne connaissez pas les sons du shamisen ou du koto, vous allez avoir du mal à les différencier parmi le déluge de sons que propose Wagakki Band. Je ne suis également pas très fan du son de guitare en distorsion que je trouve un peu artificiel. Mais mis à part ce point, la production est vraiment très propre, et on ressent la dynamique (i.e écart entre les volumes faibles et forts) des instruments traditionnels, ce qui est important pour pouvoir les apprécier à leur juste valeur. C’est d’autant plus important que le Rock est une musique assez compressée en général (i.e peu d’écarts de volumes dans le son).

Piste par Piste

Tengaku, le premier morceau, annonce le ton de l’album : rythmé, coloré et chaleureux. Si vous fermez les yeux, vous verrez sûrement des cerisier en fleurs et des pétales qui flottent dans le vent (je sais, ça fait cliché, mais ça décrit exactement ce que je ressens quand j’écoute ce morceau).

Setsuna Trip est du même acabit que Tengaku. Ici, le shamisen prend le rôle qu’a ordinairement une guitare lead, ce qui est plutôt cool. On peut également noter le duo de chanteurs, très efficace pendant le refrain. Le solo de guitare de l’originale est remplacé ici par un solo de shakuhachi. Le rythme est tellement rapide qu’il m’évoque du Metal en fait. C’est globalement un morceau très dansant et qui brillerait énormément en live.

Yoshiwara Lament, pour le coup, sonne légèrement moins japonais (tout comme le morceau original qui n’a pas du tout ce côté), mais bizarrement l’addition des paroles et des instruments me fait dire que ça sonne quand même japonais. Yuuko utilise beaucoup des modulations de notes dans le refrain, ce qui à mon sens ajoute beaucoup de profondeur au morceau. C’est un morceau que je me verrais bien écouter sur un trajet en décapotable, les cheveux aux vent (et pourtant c’est un morceau assez mélancolique).

Kagerou Days est peut-être le morceau le plus J-Rock de l’album, la guitare a ici beaucoup plus d’importance. Je dirais qu’il sonne également beaucoup moins japonais et plus moderne que les autres. Un très bon morceau sans point faible particulier.

Nijiiro Chouchou, au contraire du précédent, sonne très traditionnel et très calme. Il me fait, pour le coup, beaucoup penser au groupe Rin’ (qui utilise uniquement des instruments traditionnels, mais dans un contexte plus Pop et traditionnel). Toutefois, le morceau est loin d’être soporifique : la voix de Yuuko, les notes de koto et de shamisen, et le souffle de shakuhachi vont sûrement sûrement vous faire planer (c’est à ce morceau que je pensais quand j’évoquais le mont Fuji plus haut).

Iroha Uta se rapproche beaucoup de Kagerou Days dans l’approche, à savoir un morceau Rock sans fioritures, avec une forte présence de la guitare. La voix de Yuuko brille beaucoup ici. Le duel entre la batterie et le wadaïko est assez cool et mérite d’être noté. La guitare a droit à deux solos ici, ce qui mérite également d’être noté. C’est un très bon morceau, un peu moins original que le reste, mais tout aussi efficace.

Sur Roku Chounen to Ichiya Monogatari, on remarque surtout le débit extraordinairement rapide de Yuuko. À noter aussi le solo de shamisen qui fait vraiment plaisir. Un morceau qui brillera vraiment en concert par  l’énergie qu’il insufflera à la foule.

Tsuki Kage Mai Ka est légèrement plus calme que la précédente. On peut noter le passage très traditionnel au milieu du morceau. Ce n’est pas ma préférée, mais elle n’a globalement pas de point faible, je la trouve cependant beaucoup moins impactante que d’autres morceaux de l’album. L’outro est par contre vraiment cool.

Sur Episode.0, c’est le guitariste Machiya qui a le chant lead, ce qui surprend un petit peu au début, mais ce n’est pas déplaisant, et ça donne un coup de fraîcheur à l’album. Bien que je pense qu’il n’ait pas un timbre de voix extraordinaire, sa technique et son placement m’impressionnent vraiment beaucoup. C’est une ballade mélancolique qui brille par la sensibilité des deux chanteurs, et qui devrait vous donner quelques frissons.

Shinkai Shoujo donne beaucoup de place aux percussions : le rythme du wadaïko se fait ressentir tout au long du morceau. Du coup le rythme est vraiment très rapide et soutenu. Un morceau très bon, mais qui n’est pas aussi mémorable que Setsuna Trip.

Noushou Sakuretsu Girl est un morceau que j’avais déjà entendu en version Jazz et que j’ai été agréablement surpris de retrouver ici. Tout aussi rythmé que l’original, ici c’est la basse qui brille, et on a le droit au panel de sons qu’offre en général cet instrument grâce aux slap et walking bass notamment. Un morceau qui devrait également être explosif en live.

L’album se termine avec Senbonzakura, qui nous fait revenir à Tengaku et Setsuna Trip : du Rock très rythmé avec une forte présence du koto. C’est un des morceaux les plus mémorables de l’album, vous chanterez sûrement le refrain sous la douche, dans le train ou avant de dormir. En plus de tout ça, c’est un morceau taillé pour le live, qui va sûrement faire bouger la foule à l’unisson. Pour moi ce morceau résume bien tout l’album, car en plus de réunir tous les points positifs des autres morceaux, on a le droit à plusieurs solos successif de shamisen, koto, shakuhachi et guitare (oui, en tant que guitariste j’adore quand il y a un solo).

Conclusion

VOCALO Zanmai est un excellent album : il brille par la présence et la maîtrise des musiciens, par la qualité des arrangements qui rappellent à chaque instant le côté japonais du groupe. Il y a cependant une certaine complexité dans les arrangements qui vous imposera de réécouter les morceaux afin de bien les comprendre. Mais tout cela n’enlève en aucun cas le plaisir de la première écoute.

Wagakki Band est un groupe de Rock dans tous les sens du terme (même leurs costumes, d’inspiration traditionnelle, sont Rock), ce qui démontre une nouvelle fois qu’il n’y a pas besoin de jouer de la guitare pour faire du Rock. Comme tout groupe de Rock qui se respecte, le groupe vous donnera envie de bouger, danser, mais saura aussi vous émouvoir dans les moments plus calmes.

On peut également noter que les musiciens se partagent plutôt équitablement l’espace : chacun a au moins droit à un solo ou a une place prépondérante dans une chanson, aucun n’est laissé en tant que décoration, chacun a son importance. C’est un fait remarquable dans une formation de cette taille.

On peut toutefois regretter le fait qu’il ne s’agisse que de reprises, et pas de compositions. C’est bien sûr voulu, mais il ne me tarde d’entendre les chansons que peuvent écrire des musiciens de cette trempe.

C’est un album et un groupe que je recommande pour tous les amateurs de J-Rock mais aussi de musique japonaise plus traditionnelle qui chercheraient quelque chose de plus soutenu. Certains pourront être rebutés par la récurrence de l’aspect japonais du groupe, qui se retrouve dans les mélodies et l’instrumentation, mais si vous savez passer outre cela, Wagakki Band saura vous apporter ce que vous cherchez dans un groupe de Rock : de la joie instantanée et un plaisir d’écouter de la musique.

À écouter absolument

  • Tengaku
  • Setsuna Trip
  • Senbonzakura

Vous aimez cet article ? Partagez-le !

A propos de l'auteur

Amoureux de la culture et de la musique japonaise, Charlie, lui-même musicien, s'intéresse particulièrement au Métal japonais et à tout ce qui concerne la musique doujin Touhou. Il officie en tant que rédacteur pour Japan Addiction.

Comments are closed.