Date de Tokyo : 28 Juin 2017 (21:25)
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Conférence d’ASIAN KUNG-FU GENERATION à Paris

Conférence d’ASIAN KUNG-FU GENERATION à Paris

Dans la salle encore vide du Bataclan, le groupe de J-Rock alternatif ASIAN KUNG-FU GENERATION recevait la presse web spécialisée pour répondre à ses questions. A quelques heures du début du concert qui se jouerait à guichets fermés, le rhume et la perte de voix du chanteur Masafumi Gotoh suscitaient de vives inquiétudes au point que celui-ci n’était pas censé parler durant la conférence. Cependant, ses compagnons et lui se sont exprimés sans détour sur les sujets abordés. Des réponses nettes, entre autres, sur les réalités du groupe et sur la question du nucléaire japonais qui tranchent avec les propos généralement édulcorés des autres artistes nippons.

 

Q : Vous avez connu différentes phases musicales : vous étiez plutôt « punk rock » au départ et vous vous êtes ensuite tournés vers un style plus aérien, pop et expérimental. Pensez-vous pouvoir encore faire évoluer votre style et si oui, vers quoi ?

Masafumi Gotoh (chanteur et guitariste)  : Concernant l’évolution, on ne sait pas trop comment cela va se passer avec le prochain album. (cf. la question n°3 pour plus de détails, ndlr)

Q : Parmi les nombreux concerts que vous avez faits, gardez-vous un souvenir particulier ? Quel est le meilleur souvenir de concert de votre carrière ?

Kiyoshi Ijichi (batteur) : Pour moi, ce sont le Green Stage (la scène principale du Fuji Rock Festival, ndlr) et cette tournée européenne.

Kensuke Kita (guitariste et chœur) : Le Fuji Rock aussi mais à une autre occasion, en tout début de carrière, nous avons joué sur une petite scène au milieu de la nuit. Nous nous inquiétions de savoir s’il allait y avoir assez de monde mais finalement, beaucoup de monde est venu et c’est resté un très bon souvenir.

Takahiro Yamada (basse & choeur): Mon meilleur souvenir est notre premier concert solo quand nous avons commencé notre carrière. Au fur et à mesure, nous avons appris que les billets se vendaient bien et je me souviens encore de cette excitation ressentie lors du premier concert.

Masafumi Gotoh : En 2005, nous avons fait la première partie d’Oasis au Japon dans une salle d’à peu près 10 000 personnes. Déjà à l’époque, Oasis était un groupe mythique pour nous donc j’étais très ému et très excité !

Q : Comme votre musique a pas mal évolué au fil des ans, qu’est-ce qui vous donne aujourd’hui envie de faire de la musique ?

Masafumi Gotoh  : C’est difficile d’exprimer nos raisons et motivations en amont car elles sont nombreuses. Quand nous étions adolescents ou dans la vingtaine, c’était plutôt l’ennui, la colère ou une forme d’implosion qui composaient la base de notre motivation à faire de la musique. Mais au fur et à mesure que l’on vieillit, on recherche une harmonie entre les membres du groupe ainsi que la beauté du son.

Pour reprendre la première question, le son et la musique d’AKFG ont effectivement évolué à cause de cette recherche. Nous essayons aussi de produire un son rock à la japonaise. Comment trouver ce style ? Quelle est notre nationalité ? Quelle est notre identité musicale ? Ce sont toutes ces questions auxquelles nous essayons de répondre à travers notre musique et notre art. Nous pensons aussi évidemment à notre pays lorsque nous composons de la musique.

Q : Le Bataclan ce soir sera complet. Imaginiez-vous être si populaires en France ?

Masafumi Gotoh : Non (rires), c’est vraiment incroyable.

Q : Vous utilisez de plus en plus Internet pour diffuser en direct vos concerts dans le monde entier. Est-ce une pratique qui vous tient à cœur et que vous souhaitez développer ?

Masafumi Gotoh : Effectivement, Internet est un outil très important pour nous puisqu’il est, par exemple, impossible d’apporter au public étranger en France et en Europe le vrai « show » et les moyens techniques (décoration, set, etc.) que nous déployons au Japon lorsque nous faisons des concerts de 20 000 personnes. Donc comment partager ce moment-là avec les  étrangers qui ne peuvent pas venir au Japon ? Par Internet. Ainsi, il est pour nous primordial de développer cette activité de diffusion et de partage avec les étrangers.

Q : Qu’a déclenché en vous la catastrophe nucléaire de Fukushima pour vous pousser à créer le magazine Future Times et le No Nukes Festival dont les scènes sont alimentées en énergie solaire ? (Le No Nukes Festival a en réalité été conçu et organisé par l’artiste compositeur Ryûichi Sakamoto, ndlr.)

Masafumi Gotoh : J’ai un grand regret en moi car même avant l’accident de Fukushima, je commençais déjà à rechercher des informations sur les centrales nucléaires et le recyclage de leurs déchets. Je savais très bien avant le tremblement de terre que tout cela représentait un grand danger. Au Japon, il y a une forte pression à propos de ce sujet politique qu’est le nucléaire, donc je n’ai pas pu entamer cette action avant l’accident. C’est ce que je regrette beaucoup car si je l’avais commencée plus tôt, peut-être que des choses se seraient passées différemment ou qu’il y aurait une prise de conscience parmi certaines personnes. Cela me motive d’autant plus à m’investir dans cette action.

Q : L’illustrateur Yusuke Nakamura semble indissociable de l’identité du groupe. Le considérez-vous comme un membre du groupe ? ASIAN KUNG-FU GENERATION peut-il exister sans lui ?

Masafumi Gotoh : Effectivement, c’est très juste, c’est le cinquième membre du groupe et il va continuer de faire des illustrations pour le groupe jusqu’à la mort. C’est sûr et certain. Nous souhaitions en fait l’amener ici et apporter une autre chaise pour lui mais il est aussi têtu qu’un âne. Donc on risque un peu notre popularité mais désolé, nous n’avons pas pu l’amener.

Q : Quelle est parmi toutes vos chansons celle qui représente le mieux l’esprit d’ASIAN KUNG-FU GENERATION ?

(rires des membres du groupe)

Masafumi Gotoh : (il hésite longuement) C’est une question difficile… Alors, je vous répondrai la prochaine fois.

Q : Maintenant que vous êtes en France, quel est votre état d’esprit ?

Kiyoshi Ijichi : On vient de Londres  (le groupe a joué un concert à Londres le 31 mai 2013, ndlr) et par rapport à Londres, on mange bien ici !

Kensuke Kita : En fait, toutes les petites rues, tous les carrefours et les bâtiments sont jolis. C’est vraiment impressionnant ! (Gotoh le taquine pendant qu’il répond)

Takahiro Yamada : J’ai visité quelques monuments historiques à Paris et tout était assez impressionnant. C’était beaucoup plus grand que je ne le pensais donc je souhaite rester un peu plus longtemps à Paris.

Masafumi Gotoh : A travers la vue magnifique de tous ces bâtiments et des vieilles choses qu’on trouve en marchant dans la rue, on ressent la culture et l’histoire dont les Français sont fiers. A Tokyo, la gare a été refaite récemment (la gare de Tokyo a été rénovée de 2007 à 2012, ndlr). Le but souvent au Japon est de détruire pour renouveler les choses et c’est un peu dommage, je trouve.

Q : Est-il difficile de concilier votre engagement contre le nucléaire avec l’activité d’un groupe d’une popularité aussi grande que la vôtre ? Ou est-ce un devoir d’être engagé en tant que groupe pour faire passer un message à la jeunesse et au public ?

Masafumi Gotoh : Je pense que c’est un devoir. La réalité, c’est qu’il y a beaucoup plus de célébrités telles que des rockstars et des acteurs populaires qui ne disent rien à cause de la pression. A la différence des sociétés occidentales, il vaut mieux évité d’être engagé au Japon. En tant que Japonais, je ne ressens aucune honte ni culpabilité à être engagé. J’espère que bientôt au Japon, on pourra adopter un état d’esprit un peu plus ouvert à travers ce genre d’action.

La problématique des célébrités au Japon est liée à leurs sponsors. Celles-ci ne disent rien, non pas parce qu’elles n’ont aucune opinion mais parce qu’elles ont peur que leurs sponsors se retirent si elles s’expriment. Si les sponsors se retirent, elles ne peuvent plus travailler. ASIAN KUNG-FU GENERATION est un groupe indépendant. Le journal Future Times est autofinancé par le groupe. C’est pourquoi je souhaite continuer à étudier et à travailler sur toutes ces problématiques, et à continuer de m’exprimer.

 

 

Remerciements : Bishi-Bishi et tous les médias qui ont participé à la conférence de presse (Orient-Extrême, Japan FM, Le Journal du Japon, Ongaku Dojo, Japan Bar, Play of Medley, Gaming Spirit, Asia is one et le fansite AKG Fragments)
Compte-rendu réalisé par Maxime Leong. Photo prise par le Journal du Japon (merci à eux).

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A propos de l'auteur

Panda solitaire de son état, Maxime s'intéresse à la culture japonaise depuis son adolescence. Mélomane averti, il couvre les divers évènements musicaux ayant lieu à Paris en tant que reporter J-Music pour Japan Addiction.