Date de Tokyo : 28 Juin 2017 (16:18)
Japan Addiction Music

Concert de Hiromi: The Trio Project au Palais de la Mutualité

Concert de Hiromi: The Trio Project au Palais de la Mutualité

Le Trio Project de la jazzwoman de génie Hiromi Uehara donnait un concert au Palais de la Mutualité le 19 juin 2013. Retour sur sa performance.

Hiromi: The Trio Project était durant cette tournée composé de trois membres : le batteur Steve Smith (ancien batteur du groupe de rock Journey) reconnu à plusieurs reprises comme l’un des meilleurs batteurs que compte l’histoire humaine, le bassiste Anthony Jackson connu pour avoir inventé la première basse à six cordes et last but not least, la pianiste déjà renommée Hiromi Uehara (généralement appelée Hiromi). Rien que sur le papier, cette union de rêve promettait un grand spectacle. Et les spectateurs présents ce soir-là n’ont clairement pas été déçus.

Le concert a débuté sur un bruit familier : une sonnerie de réveil jouée au piano puis reprise à la batterie et à la basse. Cette sonnerie était l’« incipit » du morceau « MOVE » (tiré de l’album du même nom) et marquait le début du voyage musical proposé par le groupe. Le public a ensuite été pris dans un tourbillon de virtuosité durant plus d’une heure et demie. Heure et demie qui ne semblait alors avoir duré qu’un petit quart d’heure, car la perception du temps était complètement distordue par cette fascination quasi magique que l’association de ces trois musiciens exerçait sur le public.

Steve Smith a présenté un jeu délié et enthousiaste, abandonnant les rythmiques conventionnelles de batterie. Son style reposait en partie sur sa faculté à jouer à contretemps et de manière souvent imprévisible. Son jeu n’en gardait pas moins une grande vigueur.

Anthony Jackson a lui aussi donné à entendre un jeu de basse riche et peu commun aux antipodes d’un style funky et économe. Les notes chaudes et rondes sortant le plus souvent de sa basse contrastait avec l’agressivité dont il pouvait faire preuve lors de ses solos. Celui-ci se chargeait d’établir un pont entre les deux monstres de puissance qu’étaient Steve Smith et Hiromi ; l’alchimie du trio reposait donc en grande partie sur ses épaules.

Hiromi a fait montre d’une polyvalence à toute épreuve et ce, à plusieurs niveaux. Polyvalence de style d’abord car la Japonaise a alterné et/ou allié avec brio différents genres musicaux tels que le jazz fusion (« Endeavor », « Desire ») ou le classique (« Labyrinth »). Polyvalence de dynamique ensuite puisque l’artiste nippone a affiché une maîtrise incroyable : celle-ci a déployé une puissance hors du commun tout au long du concert tout en imposant à son jeu divers tempos et nuances avec une précision chirurgicale. Mention spéciale au titre « Green Tea Farm » interprété avec une délicatesse exquise.

Son équilibre parfait de la main droite réalisant, entre autres, des arpèges avec une régularité et une prestance extraordinaires était tout à fait remarquable. La vitesse de ses mouvements atteignait parfois de tels sommets qu’ils en devenaient infiniment trop rapides pour être suivis à l’œil nu.

La rapidité d’exécution et la quasi-perfection technique de Hiromi ne doivent pas faire oublier l’essentiel : chaque note jouée reflétait sa volonté de transmettre une émotion. Celle-ci ne se contentait pas de jouer et tentait d’exprimer une vérité profonde auprès du public ; et bien que cette vérité ne se dévoilait pas sous forme de mots, chaque spectateur – mélomane comme néophyte – pouvait la saisir à défaut de la comprendre.

La pianiste s’est aussi révélée très expressive tout au long de la représentation. Celle-ci poussait régulièrement des petits cris d’approbation, de joie ou d’excitation (pratique courante chez les joueurs de jazz) et n’hésitait pas à fredonner sur sa propre musique. Son visage, à l’image de son jeu plein de malice et de fraîcheur, arborait constamment un grand sourire ainsi qu’un regard lumineux. Détail frappant, Hiromi avait du mal à rester assise sur son siège. Le plus souvent debout, dansant tout en jouant, celle-ci se servait aussi de ce dernier de manière peu académique en prenant appui dessus à l’aide de son tibia, afin d’imprimer une plus grande force sur son clavier.

En conclusion, Hiromi: The Trio Project a délivré une performance énergique et magistrale, qui a assurément marqué les esprits des spectateurs présents en cette soirée de juin. Durant tout le spectacle, Hiromi semblait habitée par une grâce semi-divine que la virtuose a volontiers partagée avec l’auditoire.  L’artiste nippone possède la faculté rare de pouvoir tirer du chaos sonore ambiant appelé bruit, lignes et motifs musicaux. Le temps d’un concert, elle a ainsi donné un sens à ce désordre perpétuel que l’on nomme vie. Du grand art.

 

Setlist :
MOVE
Endeavor
Labyrinth
Delusion
Green Tea Farm (Solo)
Suite Escapism (« Reality » / « Fantasy » / « In Between »)

Rappel n°1 :
11:49PM

Rappel n°2 :
Desire

 

Page Facebook de Hiromi

Retrouvez ici l’interview de Hiromi réalisée par Japan Addiction Music.

Vous aimez cet article ? Partagez-le !

A propos de l'auteur

Panda solitaire de son état, Maxime s'intéresse à la culture japonaise depuis son adolescence. Mélomane averti, il couvre les divers évènements musicaux ayant lieu à Paris en tant que reporter J-Music pour Japan Addiction.