Date de Tokyo : 23 Juin 2017 (7:06)
Japan Addiction Music

Concert de Guitar Wolf au Gibus

Concert de Guitar Wolf au Gibus

Le 13 juin 2013, le trio légendaire entamait une nouvelle tournée européenne dans la salle parisienne du Gibus. Retour sur leur performance.

Guitar Wolf est un groupe de garage/punk rock japonais unique en son genre. La « meute » existe depuis 26 ans et est composée de trois loups : Toru le batteur (surnommé Drum Wolf), U.G. le bassiste (Bass Wolf) ayant remplacé le précédent bassiste Billy décédé en 2005 et enfin, Seiji le chanteur et guitariste (Guitar Wolf).

L’ambiance dans la salle était plutôt décontractée après de la première partie alors qu’un peu plus d’une centaine de gens étaient réunis dans l’attente de l’évènement principal de la soirée. L’atmosphère changea soudainement lorsque le groupe fit son entrée sur scène, comme si celle-ci s’électrifiait légèrement. Le concert commença avec une introduction jouée en duo par Toru et U.G. tandis que Seiji se livrait à l’un de ses rituels habituels en descendant une pinte complète de bière d’un trait – l’alcool serait d’ailleurs selon lui l’une des raisons de la longévité du groupe. Les choses sérieuses ont commencé avec le titre « Beast Vibrator ».

A partir de ce moment-là, il fallait avoir le cœur bien accroché. En matière d’énergie dépensée au cours d’un concert, Guitar Wolf surpasse en effet n’importe qui. Le groupe a  frénétiquement joué tout du long durant plus d’une heure et demie (hors rappel), interprétant des titres tels que « Jet Generation » et « Jet Satisfaciton ». Quand celui-ci se permettait un semblant de pause en ralentissant le rythme de sa musique, c’était pour mieux repartir sur un tempo cinq fois plus rapide. Une véritable tornade supersonique qui a tout emporté dans son sillage.

Le batteur bardé de tatouages de yakuza, Toru, semblait être animé d’une rage qu’il ne pouvait canaliser qu’à l’aide de sa batterie. On aurait dit que celui-ci allait fendre un crâne humain à chaque battement. Il a aussi fait voltiger à plusieurs reprises ses lunettes de soleil rien qu’avec les mouvements brusques de sa tête. Ne faisant aucune concession sur son style, Toru a même pris le temps de se recoiffer à l’aide d’un peigne au cours d’une chanson.

L’impassible U.G. a montré une fois de plus pourquoi il a été choisi pour remplacer Billy. Son énergie et son explosivité ont alimenté son style imprévisible. Ce dernier alliait à la fois la puissance d’un poids lourd à pleine vitesse avec un jeu étonnamment technique aux accents funky. Le son volumineux de sa basse emplissait les espaces que la batterie et la guitare n’atteignaient pas.

Quant au plus redoutable des trois loups, Seiji a fait exploser tous les instruments de mesure présents au Gibus. La tension incarnée. Le frontman dégageait une aura intense comme si celui-ci était constamment parcouru par un courant électrique. Ce dernier semblait aussi lui fournir une source d’énergie inépuisable, dans laquelle le Guitar Wolf a très généreusement pioché tout au long de la soirée. Les sons stridents et ultra-saturés de sa guitare s’accordaient parfaitement au personnage. Le jeu de Seiji faisait montre d’une vélocité incroyable, enchaînant riffs (aux accents blues et rock’n’roll), solos et effets à toute allure et attaquant le manche de sa guitare aussi bien par au-dessus que par en-dessous. De plus, sa voix puissante et rauque ajoutait une dimension supplémentaire à la musique stridente du groupe. La voix un peu plus coulante de U.G. complétait d’ailleurs très bien celle plus tranchante de Seiji.

Le chanteur nous a aussi rappelé qu’une guitare pouvait avoir d’autres usages que faire de la musique. Celui-ci s’en est servi comme une masse, qu’il a fait tournoyer à plusieurs occasions au-dessus de sa tête, comme une mitraillette et aussi comme une batte de baseball. En plein concert, Seiji a frappé plusieurs balles (probablement en mousse) vers le public – un petit son métallique sortait des amplis à chaque fois qu’une balle entrait en contact avec la guitare.

Le spectacle se déroulait évidemment sur scène, mais aussi en dehors. Une sorte de guerre civile faisait rage dans les premiers rangs de l’auditoire surexcité. Des verres de bière à moitié pleins volaient toutes les cinq minutes en direction de la scène – miraculeusement épargnée par ces projectiles – et s’abattaient sur le public ou les projecteurs. Le clou de la soirée est survenu lorsque Seiji a permis à un membre du public de monter sur scène. Plusieurs âpres batailles de pouces entre le guitariste et les spectateurs ont déterminé l’heureux élu. Un jeune homme portant des lunettes de soleil et une coupe de cheveux rockabilly (qu’il a d’ailleurs recoiffé à l’aide de son peigne une fois sur scène) a ainsi surgi sur l’estrade. On aurait dit le candidat tout désigné pour devenir le quatrième membre de Guitar Wolf. Surtout que celui-ci maniait admirablement bien la guitare que Seiji lui avait confiée. Ce moment précis a permis au spectacle d’atteindre un niveau supérieur de frénésie et d’excitation à l’image du public encore plus déchaîné que durant le reste du concert.

En conclusion, Guitar Wolf a une nouvelle fois livré une prestation haute en couleurs et fait honneur à sa réputation. Un groupe explosif et incontrôlable sur scène qui peut être comparé à un tourbillon de vie auquel on s’abandonne pour en ressortir complètement vidé et serein – une sorte de « machine à laver-catharsis » en somme. Après la fin du concert, lorsque le calme est retombé sur la salle du Gibus où seul le staff était encore présent, on aurait eu du mal à croire que celle-ci avait été le théâtre d’un tel phénomène. Seuls les verres en plastique écrasés et la bière répandue sur le sol y indiquaient encore l’ancienne présence d’un champ de bataille éphémère.

Photo tirée de la fanpage Facebook de Guitar Wolf.

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A propos de l'auteur

Panda solitaire de son état, Maxime s'intéresse à la culture japonaise depuis son adolescence. Mélomane averti, il couvre les divers évènements musicaux ayant lieu à Paris en tant que reporter J-Music pour Japan Addiction.